Cantonales suite et fin: duels et transferts de voix

Dimanche 27 a eu lieu le deuxième tour des élections cantonales, dont j’ai déjà un peu parlé ici ou ici. Et qui dit second tour dit duels :


Comme on peut le voir, le “classico” du second tour c’était le duel UMP-PS (336 cas). Mais ce qui intéressait tout le monde c’était plutôt les cas où le FN était présent: 403 scrutins. Alors que s’est-il passé? est-ce que les voix se sont bien transférées?

Ce que j’ai lu suite aux cantonales, c’est que si les électeurs de gauche avaient fait barrage au front national dans le cas des duels entre le FN et la droite, ce n’était pas trop le cas des électeurs de droite qui s’étaient souvent contentés de laisser gagner la gauche sans se mobiliser davantage. Alors voyons ce que disent les chiffres.

Sur les 403 cantons où le front national s’est maintenu, il y a eu 266 duels avec la gauche et 127 avec la droite. On va passer sur les 10 autres cas de figure (triangulaires, duel avec une autre formation etc.) parce que ce qui nous intéresse ici c’est de voir pour qui vote un électeur d’une grande faction qui ne se retrouve pas au second tour.

Dans le cas des duels droite-FN, il y a presque 240,000 électeurs qui avaient voté à gauche au premier tour et qui se sont fait confisquer leur vote. Bien plus que les voix supplémentaire récoltées par les candidats de droite (environ 150,000)! De même, il y a eu environ 280,000 électeurs de droite qui n’ont pas pu soutenir leur candidat au deuxième tour, alors que les candidats de gauche n’ont récupéré que 190,000 voix en plus.

Dans les deux cas, la participation a augmenté: environ 210,000 votants en plus. Pourtant, il y a eu une augmentation du nombre de votes nuls (plus de 150,000 supplémentaires) et surtout, un fort gain des voix du FN (presque 300,000).

Qu’est ce qu’on peut en déduire?

L’idée d’un front républicain, d’une mobilisation massive d’électeurs de tout bord qui empêcheraient systématiquement la victoire d’un candidat FN est bien mise à mal. Dans ces 403 cantons, la participation n’était que de 55.28%, pas très différente de la moyenne nationale. On a déjà vu plus mobilisé!

En plus, il n’y a pas de report systématique des voix vers l’adversaire du FN (et ce dans les deux cas, gauche/FN ou droite/FN). En fait, le FN est même capable de gagner des voix entre les deux tours et même beaucoup de voix! Bref, il n’y aura plus d’effet 5 mai 2002 et tout est désormais possible pour les candidats du FN.

Votre prénom est-il de droite?

Donner un prénom à ses enfants, c’est peut-être la décision qui va le plus influencer le regard des autres à son égard… surtout quand ils ne l’ont pas encore vu. Qu’est-ce qu’on peut s’imaginer d’un Édouard ou d’une Jacqueline avant de les connaître? sûrement pas la même chose. Est-ce qu’on peut deviner leur couleur politique?

pour vérifier ça j’ai pris la liste de tous les candidats aux dernières élections cantonales,soit 10361 personnes avec 1247 prénoms différents qui ont rendu publiques leurs convictions politiques.

Alors, est-ce que tous les Nicolas sont de droite? et les Jean-Marie? Tous les Jean-Luc et les Olivier sont-ils de gauche? Bon, Ségolène, on savait tous que ça faisait pas très socialiste. Mais Martine? Ou François?

La taille des cercles représente le nombre de candidats qui portent tel ou tel prénom, et la couleur, où ils se situent sur une échelle gauche-droite. En cliquant sur un candidat, on peut voir tous les candidats qui portent son prénom, par parti.

Quelques trouvailles: tous les Kévin sont au front national. Toutes les Arlette, aussi – les temps changent! J’ai laissé toutes les orthographes et tous les accents. Par exemple, Michaël est de gauche, mais Mickaël de droite. Et Mickael, de gauche. A quoi ça tient!

Parmi les prénoms qu’on trouve plus de 5 fois, les plus marqués à gauche sont Mathilde, Marianne, Régine, Norbert et Aline. A droite, on trouve Laura, Edouard, Marie-Christine, Adrien et Thérèse.

Et… si Jean-Marie est plutôt de droite, les Nicolas sont d’habitude à gauche, mais pas les François. On trouve plus de Jean-Luc, de Martine et de Dominique à gauche, mais pas d’Olivier!






La carte des cantonales

J’ai écrit que j’avais été déçu par les infographies des principaux médias au lendemain des cantonales.

Si on prend la carte du Monde par exemple, on y voit la France nettemement découpée en départements, soit bien roses, soit bien bleus, ou à la rigueur gris si l’issue est incertaine. Mais ce n’est pas l’enjeu de ces élections. Ce sont les dernières élections avant la présidentielle, et on est donc attentif aux enseignements nationaux du scrutin au-delà de la composition des conseils généraux. Ce qu’on commente, c’est plus la percée de l’extrême droite ou le poids de l’abstention. C’est la capacité de la droite ou de la gauche à s’imposer.

Dans cette optique, chaque département n’a pas le même poids. Le Nord par exemple, avec presque 900,000 électeurs, compte plus que la Lozère qui en compte juste un peu plus de 20,000. Donc, tracer une carte géographiquement exacte n’est pas très honnête, puisque cela cache ces différences qui peuvent être énormes.

Comme je n’ai pas l’habitude de porter des critiques sans proposer autre chose, j’ai fabriqué des cartogrammes de Dorling pour rendre compte de ce qui s’est vraiment passé dimanche dernier.

Les cartogrammes, ce sont presque des cartes, sauf que le côté géographique n’est pas pris au sens strict. Leur forme dépend plus des données qu’elles représentent. Et dans la version de Dorling, on remplace les morceaux de la carte (ici, les départements) par des cercles, plus ou moins gros. Là, la taille des cercles dépend du nombre d’électeurs inscrits aux cantonales. Du coup, leur position sur la carte n’est pas exactement la même que celle des départements sur la carte de France mais elle est assez proche pour qu’on puisse les retrouver.

Je propose 3 scénarios: une comparaison gauche-droite, l’importance de l’extrême-droite et celle de l’abstention.


Gauche-droite
Extrême-droite
Abstention